Le malentendu.

Conférence donnée par Pierre Pasquini dans le cadre des rencontres de Philo Sorgues.

Résumé

Si, comme l’affirme le dictionnaire, le malentendu est une « divergence d’interprétation entre personnes qui croyaient se comprendre », il signe l’échec de la communication et constitue la hantise de tous ceux dont le désir de communiquer correctement peut se trouver compromis. D’où maintes stratégies destinées à l’éviter, dont on peut rappeler que l’origine est sans doute dans la démarche socratique et le souci de s’entendre le plus précisément possible sur les mots avant de les utiliser. Le malentendu, pourtant, résiste et prolifère, stimulant ainsi l’ardeur communicante mais pouvant également susciter le découragement puisque, comme chacun le sait, les efforts pour le dissiper peuvent à leur tour se transformer en source de malentendus plus coriaces que le premier.

Cette résistance mérite d’être interrogée. Elle réside bien sûr dans la mauvaise volonté et la mauvaise foi évidente de ceux qui ont intérêt à maintenir l’ambiguïté ou à être mal compris. Les armes de la communication, dans ce cas, rendront service à la vérité. Mais elle manifeste également une irréductible différence au sein de la communication. A moins d’être des anges (cet exemple devant être pris au sérieux), si nous avons quelque chose à dire, c’est à partir d’une histoire et d’une vision du monde qui nous sont propres, comme celui qui désire communiquer avec nous. Le malentendu qui naît de nos particularités respectives n’est pas le contraire de la communication mais plutôt sa frontière, et cette frontière peut toujours être repoussée. Si j’accepte d’élargir mon horizon, admettre le malentendu, c’est reconnaître la différence de l’autre et créer un espace commun qui est celui de la rencontre. Aurait-il donc un aspect positif, voire un bon usage ? On se demandera, à partir de divers exemples allant des œuvres d’art aux pratiques culinaires, si le malentendu ne peut pas être provocateur dans le bon sens du terme, c’est-à-dire inciter, parfois, à considérer le monde –et soi-même- autrement.