Méchanceté et machiavélisme

Conférence donnée par Pierre Pasquini dans le cadre des rencontres de Philo Sorgues.

Résumé.

L’œuvre de Machiavel a la réputation de décrire un modèle de méchanceté. Dans le livre consacré à cette notion, Pasini écrit ainsi :

« Aux antipodes de la méchanceté impulsive, il y a la méchanceté froide et calculatrice de Machiavel. Son Prince est le premier texte de l’ère chrétienne à introduire le thème de l’absence de scrupules dans la dialectique du pouvoir politique. « Tout est permis » et « la fin justifie les moyens » : de la prévarication au mensonge, tout est justifiable dans la morale du Prince. On ne pourra certes pas lui reprocher une méchanceté gratuite. Au contraire, la méthode a si bien fait ses preuves que le « machiavélisme » est devenu une philosophie. Et aujourd’hui, ce ne sont pas les politiques les plus malveillants que l’on dit machiavéliques, mais bien les plus astucieux » (Pasini, La méchanceté, p.22).

Machiavel écrivait pourtant au début d’une de ses œuvres moins connue que Le prince, mais tout aussi importante, les Discours sur la première décade de Tite-Live :

« Tous les écrivains qui se sont occupés de législation-et l’histoire est remplie d’exemples qui les appuient- s’accordent à dire que quiconque veut fonder un Etat et lui donner des lois doit supposer les hommes méchants et toujours prêts à déployer ce caractère de méchanceté toutes les fois qu’ils en trouveront l’occasion. Si cette disposition vicieuse reste cachée pour un temps, il faut l’attribuer à quelque raison qu’on ne connait point et croire qu’elle n’a pas eu l’occasion de se montrer ; mais le temps qui, comme on dit, est le père de toute vérité, la met ensuite au grand jour » (Discours sur la première décade de Tite-Live , I, 3).

Le problème qu’il s’agit d’examiner est donc celui-ci : les nombreux exemples d’actes condamnables moralement, qui se trouvent dans les œuvres de Machiavel, qui ont donné l’adjectif « machiavélique », et qui sont donnés comme des modèles d’action politique, sont-ils la base d’une philosophie condamnable ou le point de départ d’une analyse poilitique qui demande à être examinée de plus près ? Si le machiavélisme, comme le dit Lefort, est « le nom donné à la politique en tant qu’elle est le mal » (Le travail de l’œuvre de Machiavel, 1972), faut-il pour autant condamner son auteur et considérer, comme Frédéric II de Prusse dans son Anti-Machiavel (1739), et tous ceux qui sont dans sa lignée, qu’il faut regarder Le prince comme « un des ouvrages les plus dangereux qui se soient répandus dans le monde » ? Le machiavélisme est en fait un observatoire privilégié pour savoir où se situe, exactement, la méchanceté.

Ce thème est traité par Pierre Pasquini dans l’article « Machiavélisme » du

Dictionnaire de la méchanceté, paru aux éditions Max Milo en 2013