La confiance.

Conférence donnée par Pierre Pasquini dans le cadre des rencontres de Philo Sorgues.

Synopsis.

« La confiance n’est pas une illusion vide de sens. A long terme, c’est la seule chose qui puisse nous assurer que notre monde privé n’est pas un enfer » (H. Arendt à Blumenfeld, lettre du 14/01/1946).

1.Confiance et méfiance

La confiance est susceptible d’être trahie, mais la défiance totale est impossible. La première partie explore cette tension, en référence à Descartes (Discours de la méthode, première partie) et en citant le livre de Pierre Cahuc, La société de défiance (2007) ainsi que le film Les neuf reines (2005).

2. Economie et religion.

La confiance est une foi et puise sinon ses sources, du moins son vocabulaire dans la religion. Giacomo Todeschini (Richesse franciscaine, 2008) le montre bien. Le mot utilisé pour exprimer la confiance dans le vendeur est Fidei. C’est bien de foi qu’il s’agit.

3. Confiance et contrat.

Que se passe-t-il si le gendarme céleste, garant ultime des transactions disparait ? Peut-il y avoir une confiance seulement humaine, et celle-ci peut-elle prendre la forme d’un contrat ? On risque alors de retomber dans la méfiance mais cette méfiance repose toujours sur un socle paradoxal de confiance. Le succès des théories du complot, la fortune étonnante des dérives sectaires peut aider à le montrer.

4.La confiance en soi.

La confiance repose en fait sur un socle personnel qui se constitue à l’enfance. L’âge adulte doit passer, comme le dit Michela Marzano (Le contrat de défiance, 2010), de la dépendance à l’autonomie. Apprendre à compter sur soi est une chose mais « c’en est une autre de croire que l’autonomie est synonyme d’indépendance et que, pour être autonomes, il ne faut pas faire confiance aux autres. Se méfier de tout le monde est au contraire la preuve d’une très faible confiance en soi » (Le contrat de défiance, p.246).

La Lettre au père de Kafka (1919), Le personnages de Jean Valjean dans Les misérables, celui de Rogojine dans L’idiot sont autant d’illustrations de ce rapport de soi à autrui.

5. Promettre et croire.

La confiance serait-elle une affaire de probabilité, et peut-on distinguer « confiance dérivative » et « confiance fondamentale » ? On se trouve là aux frontières de l’éthique et de la psychologie. Aux frontières du politique, aussi. « La confiance n’est pas l’aveuglement. La confiance est une manière d’agir, un choix fondé sur un raisonnement dont sont capables des individus libres, des sujets autonomes et responsables, afin de doser confiance et vigilance de façon raisonnée ».

Bibliographie complémentaire : Claudia Origgi, Qu’est-ce que la confiance ?, Vrin, 2008.